Compte rendu de la visite du musée Tony Garnier

Le 5 octobre 2018, une vingtaine de personnes, adhérents et accompagnateurs, a profité d’une visite du musée Tony Garnier, situé dans le 8ème arrondissement de Lyon. C’était une journée chaude et ensoleillée, à ne pas s’enfermer dans un musée… Ça tombait bien : le musée Tony Garnier est essentiellement à ciel ouvert, puisque c’est avant tout un lieu d’habitation, le cœur du quartier des Etats-Unis. Ce dernier devient musée au début des années 90, quand la rénovation de la cité HLM s’accompagne sur l’initiative de ses habitants, de la réalisation de 24 fresques murales sur les pignons des immeubles. A cette occasion, un logement sera consacré au témoignage concret, à la fois du projet urbanistique que nous allons ci-dessous détailler, mais aussi de la vie quotidienne d’une famille ouvrière dans les années 30. Notre visite a commencé par un accueil au local réservé pour les expositions et les conférences, et qui occupe l’emplacement d’un ancien magasin.

Le projet urbanistique n’est ni banal ni unique. Il s’inscrit dans la mouvance des « cités jardins » sans en atteindre toutefois la totalité des ambitions. Il naît d’une décision du Conseil municipal de Lyon en 1917, qui décide d’édifier des logements modernes, dans ce sud-est de la ville, non encore urbanisé, et où sont apparus ça-et-là quelques bidonvilles. Le nom de ce quartier, les Etats-Unis, en hommage paraît-il à l’entrée de ce pays aux côté des Alliés. Son concepteur, Tony Garnier, un architecte Lyonnais, Grand Prix de Rome. Ce titre ne restreint pas le déploiement du génie, au bénéfice des seules élites. Il s’agit d’édifier un ensemble de logements populaires, accessibles grâce à des loyers modérés, et qui satisfassent néanmoins aux recommandations hygiénistes de ce début de siècle. Les appartements seront bien aérés, bien éclairés et bien chauffés. Il y aura l’eau courante, le gaz, l’électricité, et même les WC à l’intérieur… C’est un programme ambitieux, qui tranche assurément avec l’habitat insalubre où s’entassent fréquemment les familles modestes, mais aussi avec les cités ouvrières résultant du paternalisme patronal. Le programme convient bien à Tony Garnier, il est dans sa veine, lui qui a théorisé sur la « cité idéale », même si les contraintes lui font revoir son désir à la baisse (c’est-à-dire à la hausse pour le nombre des étages…).

Les 12 îlots sont construits à partir de 1925. L’inauguration a lieu en 1934 : les 1 600 logements abritent une population de 10 000 habitants. L’ensemble est paysagé, aéré et riche de symétries. On y déambule sur de larges trottoirs, et les placettes entre les immeubles comportent des pergolas. Le boulevard des Etats-Unis constitue l’artère centrale. La circulation du tramway est déjà prévue en son centre. Mais, il n’arrivera qu’au début des années 2000… En attendant, un marché s’y installe trois fois par semaine. Toutes les catégories de commerces se rencontrent au pied des immeubles. Tous les services essentiels sont présents, au point de faire de ce quartier, une petite ville autonome, qui restera d’ailleurs isolée du reste de Lyon, jusqu’aux années 50.

Les bâtiments offrent une esthétique épurée, sans ornement superflu. Ils présentent une discrète influence méditerranéenne, avec les toits en terrasse et des balcons de forme trapézoïde. Les façades allient le béton et le mâchefer.

Le quartier connaîtra deux extensions importantes à la fin des années 50, de part et d’autre de son centre historique. Par le prolongement du boulevard des Etats-unis, il sera relié de fait au reste de la ville, ainsi qu’à Vénissieux. Ces nouveaux ensembles conserveront une partie de l’esprit implulsé par le grand urbaniste : l’espace y sera généreux, il y aura beaucoup d’arbres et de fleurs, les bancs et aires de jeux favoriseront rencontre et vie de quartier. Mais la qualité de construction sera inégale d’un programme à l’autre.

Notre visite a commencé par une présentation et un historique du quartier. La conférencière nous a ensuite emmenés visiter l’appartement témoin, puis conduits devant les murs peints dont elle nous a décrits quelques uns (plan de la cité idéale de Tony Garnier, affiches des années 30…). La prestation était prévue sur une durée de deux heures. Mais nous avons bénéficié de larges débordements. Nous nous sommes ensuite installés pour notre pique-nique, dans un square aménagé, à l’angle du boulevard et de la rue Paul Cazeneuve, en vis-à-vis du lycée Lumière, dont la construction fut décidée en 1951. Après le café, pris à l’Antic’Bar, l’excursion s’est prolongée en compagnie de Bastien, peintre muraliste, qui nous a expliqué la démarche artistique de Cité Création, le réalisateur des fresques. A son tour, il nous a décrits quelques œuvres qui agrémentent les façades au début du boulevard : la Tour de Babel, la Chine…